Les patients atteints de BPCO présentent un risque élevé d’événements cardiovasculaires majeurs (MACE "Major Adverse Cardiovascular Events" incluant décès d’origine cardiovasculaire, infarctus du myocarde et accident vasculaire cérébral). Ces événements constituent une cause importante de mortalité dans cette population.
Bien que des scores classiques de risque cardiovasculaire (CVRS) soient utilisés en routine, leur performance prédictive est limitée chez les patients BPCO. Le CVRS regroupe plusieurs algorithmes validés : SCORE2, SCORE2-OP, SCORE2-Diabetes et SMART risk score. Parallèlement, la quantification de la calcification coronaire (score CACS), évaluée par scanner thoracique low-dose, s’est révélée être un biomarqueur prometteur du risque cardiovasculaire.
Partant de ce constat, des équipes espagnoles et américaines ont évalué si la combinaison des scores CVRS et CACS permettait de prédire la survenue de MACE.
Cette cohorte observationnelle rétrospective a inclus 529 patients atteints de BPCO modérée stable, recrutés entre 2000 et 2011, majoritairement des hommes (80%), suivis pendant une durée médiane de 8 ans. Chaque patient a bénéficié d’un scanner thoracique pour calculer le CACS et d’une évaluation clinique pour déterminer le CVRS selon les recommandations européennes (SCORE2, SCORE2-OP, SCORE2-Diabetes, SMART). Deux seuils ont été retenus : CVRS ≥10 % et CACS >3, permettant de classer les patients en quatre groupes combinant ces paramètres. Le critère principal était la survenue d’un MACE, défini par un décès cardiovasculaire, un infarctus ou un AVC non fatal, ou une hospitalisation pour angor instable.
Au cours du suivi, 131 MACE (24%) et 151 décès (28%) ont été documentés. Le risque de MACE augmentait de manière significative avec la combinaison des scores CACS et du CVRS plutôt que les scores pris séparément (AUC à 0,72 versus 0,69 et 0,66 respectivement ; p<0,01). Par rapport au groupe à faible risque (CVRS <10 % et CACS ≤3), le risque était multiplié par 2,6 lorsque seul le CVRS était élevé, par 3,1 lorsque seul le CACS était élevé, et par 7,7 lorsque les deux étaient au-dessus des seuils.
Ces résultats suggèrent que l’association d’un score clinique et d’un marqueur d’imagerie améliore la stratification du risque cardiovasculaire chez les patients BPCO. Cette approche, simple et non invasive, pourrait être intégrée en pratique courante, notamment dans le cadre des programmes de dépistage du cancer pulmonaire par scanner thoracique, afin d’identifier précocement les patients à haut risque et d’intensifier les mesures de prévention cardiovasculaire.
Cette étude observationnelle présente toutefois certaines limites : elle n’a pas pris en compte l’impact des interventions cardioprotectrices, la cohorte était majoritairement masculine et recrutée en Espagne, ce qui restreint la généralisation des résultats à d’autres populations. De plus, les exacerbations de BPCO et les traitements respiratoires n’ont pas été systématiquement enregistrés, alors qu’ils peuvent influencer le risque cardiovasculaire. Ces éléments soulignent la nécessité d’études prospectives, multicentriques et incluant des populations diversifiées, afin de confirmer l’impact clinique de cette stratégie et d’évaluer son intégration dans les parcours de soins.
Malgré ces limites, l’association du score calcique coronaire et des scores de risque cardiovasculaire propose un outil simple, non invasif et facilement accessible pour améliorer la stratification du risque cardiovasculaire chez les patients BPCO. Son intégration dans les futurs programmes de dépistage organisé du cancer pulmonaire par scanner thoracique pourrait permettre une évaluation plus fine des risques et favoriser une prise en charge préventive optimisée.
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